Jolanta Bak : « Les consommateurs veulent du beau partout »



Pour vous, le design est-il un outil d’aide à l’innovation ?

Je suis persuadée que le design a un rôle énorme à jouer dans l’innovation. Mais, en France, nous sommes trop frileux et conservateurs dans nos modes de fonctionnement pour qu’il puisse vraiment jouer ce rôle. Il n’y a pas ce côté flexible et expérimentateur que le processus d’innovation exige. Or l’innovation, c’est la gestion de l’incertitude. En France, le design n’est pas assez bien utilisé dans le domaine de l’innovation. Je parle ici de tout ce qui rend les idées tangibles, des prototypes, pas du design proprement dit. Si l’on commence à faire du vrai design, cela coûte des fortunes et tue l’innovation. Ce qui manque beaucoup, c’est l’approche de « high prototyping », énormément utilisée par les Américains : le fait de prototyper très vite les choses, et à bas coûts. C’est-à-dire de donner vie aux idées rapidement. Les agences de design arrivent tout de suite avec des processus lourds. Or, dans l’innovation, nous avons besoin d’expérimenter plusieurs options de manière tangible. Et le design possède cette magnifique qualité de pouvoir rendre les concepts tangibles grâce à des prototypes très rudimentaires. Mon rêve serait donc que davantage de designers soient réellement partie prenante du processus d’innovation.

Les marques ont-elles suffisamment conscience du fait que le design pourrait les aider à innover ?

Les marques savent très bien que le design permet de créer du neuf, ce qui n’est pas pareil que d’innover. Je ne pense pas qu’elles en aient conscience parce que je ne suis pas sûre qu’aujourd’hui le design soit d’une grande aide à l’innovation. Dans l’absolu, bien entendu, il l’est. Quand on travaille avec des designers main dans la main, c’est formidable. Là, le design peut apporter beaucoup, mais pas selon les processus classiques.

Quelles marques considèrent le design comme un véritable outil de différenciation ?

Apple bien sûr ! Tout y est esthétique et design. Apple a bien compris que les gens étaient sensibles au beau et que le design est un vrai outil de différenciation. Les marques de luxe mettent également le design au cœur de leurs produits, parce qu’il fait partie de leur valeur ajoutée. Les marques automobiles sont aussi convaincues que le design les aide à se différencier, à l’instar de Fiat. Il existe donc beaucoup de secteurs où les marques sont conscientes de la valeur du design. Mais là je parle du vrai design, c’est-à-dire de l’ergonomie, de la forme, de toutes ces choses qui créent du neuf, pas du graphisme. En France, nous confondons souvent le graphisme et le design.

Avez-vous remarqué une évolution du regard des consommateurs par rapport au design ?

Aujourd’hui, les consommateurs veulent du beau partout. Même les objets quotidiens les plus triviaux doivent être esthétiques, parce que le beau allège un peu le quotidien et rend heureux. Le beau adoucit les mœurs et la vie. D’où une demande de design, d’ergonomie, d’esthétique, dans tout, y compris dans les objets qui n’étaient pas prévus pour, comme les objets technologiques et les objets de la banalité quotidienne. Et les jeunes générations sont plus compétentes que jamais sur le plan esthétique. Notamment la génération Y, parce qu’elle est née dans le design, dans la consommation, avec des marques de luxe. Les jeunes sont nés dans le beau.

Finalement, pensez-vous que le design puisse occuper une place plus importante à la fois dans les stratégies des marques et dans notre société ? Je ne dirais pas que le design devrait occuper une place plus importante, mais une place différente. Le design, c’est aussi beaucoup le confort, l’ergonomie, l’expérience, l’usage, le vécu. C’est aussi prévoir la mort du produit, aller jusqu’à la poubelle. C’est enfin repenser les choses par rapport aux contraintes écologiques. Le design doit donc occuper une place différente parce que les attentes des consommateurs et la société évoluent.

Vous avez de nouveaux projets professionnels. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je peux juste vous dire qu’Intuition continuera d’innover. C’est notre objectif.

Propos recueillis par Aurélie Charpentier © AdC – L’Agence de Contenu


 

 
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